In memoriam : André Laberge (1954-1992)

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C'est avec un profond sentiment de tristesse que le Comité de rédaction de la revue signale le décès de l'un de ses collaborateurs, André Laberge, survenu à Montréal à la fin de février 1992.

Historien de l'architecture du Québec, André laisse le souvenir d'un chercheur passionné, méthodique et exigeant. Une mémoire prodigieuse lui permettait de retenir tout ce qu'il lisait et il était un avide lecteur d'ouvrages sur l'histoire et l'architecture. Maniant la plume avec élégance, il publia sur le plan professionnel des textes qui proposent des analyses rigoureuses et originales.

André est né à Châteauguay le 4 décembre 1954. Après des études en arts plastiques, il se tourna vers l'histoire de l'architecture, terminant une maîtrise (1982) et un doctorat (1991) en histoire (de l'art) à l'Université Laval. Il consacra son mémoire de maîtrise à la première église Notre-Dame de Montréal, et sa thèse de doctorat à l'œuvre des architectes montréalais Dalbé Viau et Alphonse Venne. De 1978 à 1984, il fut auxiliaire de recherche à l'Université Laval. Il collabora à diverses études, entre autres, sur les églises catholiques du Québec disparues, et les églises protestantes du Québec dont il participa à l'inventaire. En 1981, il rédigea un texte sur Gérard Morisset pour une exposition au Musée du Québec; à l'hiver de 1983, le Groupe Harcart Inc. lui commanda une étude sur la Ville de Vaudreuil; et à l'été de 1984, il fut chargé de cours à l'Université Laval (l'architecture du Québec de 1890 à 1940). À la maîtrise et au doctorat, il fut boursier du FCAC, de l'Université Laval et du Conseil de recherches en sciences humaines.

André a commencé à publier alors qu'il était encore au cégep : en 1975, il signa une monographie sur l'église de Châteauguay qui témoigne déjà de son aptitude pour les recherches historiques. Son étude sur l'église de «Caughnawaga», parue en 1981 dans la revue RACAR, est le fruit d'une recherche réalisée au bac.

Grâce à sa collaboration à ESSE en 1988-1989, il obtint des contrats de recherche du ministère des Affaires culturelles, Direction du patrimoine, à Montréal, puis du Service de l'habitation et du développement urbain de la Ville de Montréal. Cela donna lieu, entre autres, à une étude sur le noyau de l'ancien village de Rivière-des-Prairies, étude qui contribua au classement de cette localité comme site du patrimoine. Par ailleurs, en 1991, les Sœurs Grises de Montréal lui confièrent l'historique de l'ancien Hôpital général de Montréal, dans le cadre des travaux de mise en valeur dirigés par les architectes Desnoyers Mercure & associés.

Au moment de son décès, André devait entreprendre une étude du mobilier de la Cour suprême à Ottawa (œuvre d'Ernest Cormier) pour Desnoyers Mercure, et il s'était dit prêt à collaborer encore au Dictionnaire biographique du Canada dont le prochain volume contiendra une dernière notice qu'on lui avait commandée (sur l'architecte Maurice Perrault).

Son intérêt pour l'architecture, André le devait peut-être à son père, Léonide Laberge qui, à ses heures, s'amusait à construire des maisons miniatures. Ce dernier en légua à sa famille un quasi-village, collection d'une douzaine de pièces que le Musée des civilisations à Ottawa a acquise en 1991 grâce à l'intervention d'André. Celui-ci avait été fier d'annoncer : «Papa est entré au musée!»

D'une sensibilité fragile, André a beaucoup souffert toutefois de l'indifférence que lui voua les milieux universitaire et muséal au cours des dernières années de son doctorat, et après. Ne l'avait-on pas suivi de près et encouragé pendant une dizaine d'années? André s'en est ouvert à la toute fin, mais sans qu'on puisse deviner l'ampleur du désarroi qui l'habitait et qui allait le précipiter vers la mort. Il est révélateur qu'il ait fait disparaître avec lui ses curriculum vitae, relevés de notes et diplômes, de même que le texte sur disquettes de sa thèse de doctorat, et son dossier relatif à l'étude de l'ancien Hôpital général des Sœurs Grises qu'il avait dû renoncer malgré lui à publier.

André, ton départ nous affecte tous. Puisses-tu avoir trouvé la paix que tu cherchais.

© ESSE, 1992.

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