Les InÉditions

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L'un des défis les plus difficiles que les artistes de toutes disciplines doivent surmonter reste celui de trouver des moyens de diffusion leur permettant de rejoindre les publics les plus variés. C'est pourquoi il semble approprié de traiter de la créativité mise de l'avant par les Inéditions, une maison d'édition de Bonaventure, en Gaspésie, et d'ajouter ainsi un chapitre au dossier « Gaspésie », paru dans ESSE, no 28 (printemps 1996).

Depuis 1979, cette maison dirigée par Rose-Hélène Tremblay et Patrick Tremblay se consacre à la création littéraire et artistique, axée sur les créateurs et les créatrices de la Gaspésie, notamment en publiant la revue Écrits. Celle-ci est née d'un urgent besoin pour ces artistes de se doter d'un outil de diffusion qui ferait état d'une recherche autant littéraire que visuelle. Le projet n'est pas non plus sans poursuivre la tradition, très forte, instaurée par Françoise Bujold (1933-1981). Cette poète et graveure née à Bonaventure, devenue une des figures quasi-mythiques «qui hantent encore nos rivages, dans les nombreux bruits de la mer», d'écrire Patrick Tremblay (Revue Gaspésie, décembre 1986). Dans ce même texte, ce dernier précise que les Écrits sont « une forme de conscience rurale [...] Nous avons quelque chose des réfugiés écologiques [...] qui sont au bout de leur pays et qui se demandent si on peut aller plus loin. »

Après avoir publié 12 numéros réunissant textes et illustrations, ce « périodique » est passé au format de livre d'artiste. Chacun des livres a fait l'objet d'une collaboration étroite entre auteurs, artistes en arts visuels et artisans. On verra d'autres exemples de telles associations, notamment lors de l'événement Bonjour Françoise (Port-Daniel, 1990) alors que trois écrivains, dont Rose-Hélène Tremblay et Réjeanne Audet, une collaboratrice des Écrits, mettront la main à la pâte en présentant des installations in situ. Le premier de ces livres d'artiste, paru en 1986, D'argile et d'encre (Écrits XII), réunissait cinq écrivains et cinq illustrateurs, et se composait uniquement d'originaux. Les Inéditions adoptèrent ensuite une thématique pour chaque numéro. Ainsi, Allotropie (Écrits XIV), publié en 1987, présentait sur le thème de « l'environnement, sa beauté, sa détresse » six textes, dont un inédit de Françoise Bujold, et quatre illustrations. En 1988. Uncla (Écrits XV), un recueil de sept nouvelles à propos de l'eau en mouvement et de huit illustrations, rassemblait des auteurs des Îles-de-la-Madeleine, de l'Acadie et de la Gaspésie. Fragments (Écrits XVI) fut publié en 1990 à l'occasion de l'Année internationale de l'alphabétisation; il offrait des textes et fragments de textes de personnes inscrites aux cours d'alphabétisation et de personnes handicapées physiques ou intellectuelles ainsi que d'auteurs de la région. Le projet s'est réalisé en collaboration avec le secteur éducation aux adultes de la Commission scolaire de Miguasha.

À partir du 13e numéro et d'une parution à l'autre, les Écrits ont pris des formes diverses. Par exemple. D'argile et d'encre se présente dans un boîtier de céramique encadré de bois d'érable, réalisé par Jakô Boulanger, Normand Robert et Dany Pêcheux, alors que Fragments s'insère dans un boîtier conçu et exécuté par Gilles Mclnnis. Autre exemple : Allotropie est constitué d'un portefeuille avec couverture de cuir de morue faite à l'atelier Les Cuirs fins de la mer, à Bonaventure, et ornée de deux boutons d'argile et de verre. Il est imprimé sur du papier aux brisures végétales de la Papeterie St-Gilles en Charlevoix. La couverture de Unda comporte une gravure par embossement ornée d'un collage d'algues, le tout relié en un montage bois et os, une réalisation de Jakô Boulanger, Normand Robert et Patrick Tremblay.

Les tirages des Écrits sont limités, comme il se doit pour des livres d'artiste, à 50 ou 75 exemplaires dans la plupart des cas. Celui de Fragments, contrairement aux autres parutions, s'est élevé à 350 exemplaires, compte tenu du contexte différent de publication et des partenaires impliqués.

Comme plusieurs artistes et éditeurs dans d'autres coins du pays, les responsables des Inéditions effectuent un travail de sensibilisation essentiel, qui est loin d'être facile, car ils déplorent le manque de diffusion à l'intérieur de la région. Même le Salon du livre de la Gaspésie, plein de bonne volonté, ferait plus la diffusion des écrivains venant d'ailleurs. Par contre, les Inéditions tentent de s'inscrire dans le milieu autant que possible. Ainsi, poursuivant leur exploration dans les domaines oral, théâtral et musical, elles organisent des lancements à chaque nouvelle parution, et ce, dans divers lieux de la Baie-des-Chaleurs, sous forme de soirées-événements, avec souper et/ou spectacle, auxquelles s'ajoute un souper-bénéfice annuel. Par exemple, le lancement d'Allotropie fut l'occasion d'un spectacle avec la participation, entre autres, de représentants de divers groupes écologiques, tous soucieux de la dégradation de l'environnement en Gaspésie. La présentation de Fragments a eu lieu lors d'une journée de rassemblement d'apprenants en alphabétisation. De plus, chaque parution des Écrits est mentionnée dans les journaux locaux.

Contrairement à d'autres projets similaires de recherche et de diffusion, l'initiative des Inéditions doit tenir compte du contexte particulier de la région, problématique mentionnée dans le dossier « Gaspésie » (mentionné plus haut). Comme elles se sont donné pour mandat de se consacrer uniquement aux créateurs de la Gaspésie, elles ne peuvent se permettre d'exclure trop d'artistes et doivent donc composer avec un bassin réduit, ce qui suppose à l'intérieur de chaque parution la présence de toutes sortes de tendances.

Dernier projet en liste, lesÉcrits XVII (1996) font connaître de courts textes de neuf collaborateurs et s'inscrivent dans une nouvelle collection au titre fort approprié de La lousse poésie. Le support, cette fois-ci, prend l'allure d'envois postaux, chacun des poèmes (un par auteur, sauf pour Patrick Tremblay qui en signe deux) étant publié sur un feuillet accompagné d'une enveloppe prête à affranchir et poster. Chaque feuillet comprend d'ailleurs un espace réservé au mot personnel qu'on adressera au destinataire. Les auteurs ont chacun travaillé en collaboration avec un artiste qui a illustré le feuillet et l'enveloppe.

D'autres titres s'ajouteront à la collection La lousse poésie, laisse-t-on entendre aux Inéditions. En ce qui a trait à ces premiers « poèmes-envoi », on peut se les procurer séparément ou l'ensemble des neuf titres dans une gaine de présentation. Le seul hic au tableau : le prix de ces poèmes-envoi, très peu « prolétaire » à 5 $ le poème, ou 50 S pour l'ensemble des neuf formant les Écrits XVII. Vu le papier industriel utilisé et le concept de base, on se serait attendu à une volonté d'accéder à une diffusion de « masse », à sortir d'un élitisme de collectionneur. Ce n'est pas le cas, vu le tirage limité à 50 exemplaires, l'aventure — tout de même sympathique — faisant plutôt appel au mécénat.

Le prochain projet des Inéditions, Les huiles poétiques , devrait faire découvrir de courts textes insérés dans des bouteilles d'huile naturelle... Dossier à suivre.

Auteures et auteurs ayant participé aux Écrits XII à XVII
José Acquelin
Réjanne Audet
J. Roland Beaulieu
Émie (?) Bourdages
Pol Chantraine
Danielle Cyr
Julien Fortin
Ginette Landry
Réjean Lemay
Jean-Marc Major
M. Métallic
Lise Roy
Réjean St-Laurent
Marlène Tremblay
Patrick Tremblay
Rose-Hélène Tremblay
Artistes ayant illustré les Écrits XII à XVII
J. Roland Beaulieu
Johanne Ducharme
Diane Dupuis
Monique Dusseault
Fernande Forest
Yolande Fortin
Diane Gauthier
Germain Lafleur
Denise Mclnnis
Gilles Mclnnis
Hélène Paré
Jeanne Paré
Pixie
Bertin St-Onge
RacheI Thibault
Jacqueline Tremblay
Patrick Tremblay
John Wiseman

© ESSE, 1997.

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